Alors que je rentrais tranquillement du dojo comme un autre samedi de début de mois, je fus interpellé par trois gardes du Shogun.
« – Rônin san, qu’y a-t-il dans cette housse?
– Des armes! ».
Je sentis leur nervosité monter d’un cran et me préparai au combat.
« – Veuillez-vous diriger vers cette porte cochère! » me dirent-ils en mettant la main sur les poignées de leurs sabres.
« Ouvrez la housse! … dou–ce–ment! » enjoignit celui qui devait être le chef tandis que les deux autres prenaient position pour m’empêcher toute fuite.
Me préparant mentalement au randori contre trois adversaires, je déballais boken, jo, tanto et… Iaïto.
Pour le Iaïto le chef m’arrêta et sortit lui-même le sabre du fourreau.
Lorsque je vis l’impudeur de ce pouce tâter vulgairement le tranchant de ma lame, vous n’imaginez pas ce qu’il m’a fallu de maîtrise pour ne pas me jeter à la gorge de ce rustre qui osait profaner mon sabre! J’ai alors pensé aux représailles, à nous tous du dojo, contraints au seppuku pour un simple contrôle de routine et je me suis mordu les joues jusqu’au sang afin de ne pas réagir.
Je m’astreignais aussi à calmer ma respiration afin de ne pas perdre le contrôle et leur donner ainsi une ouverture.
« – Avez-vous le sauf-conduit délivré par le shogun pour avoir le droit de porter le sabre?
– Je l’ai, mais pas sur moi! Mais je pense que Rija-sama peut se porter garant. Allez au dojo, suivez les kiaïs qui retentissent dans la rue Maindron et vous le trouverez sans problème ».
Alors nos regards se croisèrent pendant de longues secondes, celles où tout peut basculer en un instant. Vie? Mort? Tout peut advenir.
« – Au vu des individus douteux, qui sévissent en ce moment, nous devons être vigilants !
– Zanshin neh ? Ce n’est pas moi qui vous blâmerai. Au contraire. »
Ils me laissèrent ensuite continuer ma route. Ouf! l’incident diplomatique n’était pas loin.
Je précise que j’avais aussi vidé mon sac pour montrer le keikogi, hakama et obi. Quelle honte!
Mais j’ai évité le gant en plastique. Ouf!

Moralité : ayez le sauf conduit du Shogun sur vous quand vous avez une housse d’armes.

FRED